Tuesday, March 8, 2016

Philippe Descola on animals and plants

Philippe Descola : “Les Achuar traitent les plantes et les animaux comme des personnes”

Les Achuar, peuple d'Amazonie sont animistes, ils pensent que les plantes et les animaux sont dotés d'une âme.
Les Indiens Achuar montrent qu’une autre relation à la nature est possible. Pour l’anthropologue Philippe Descola, il est temps de penser un monde qui n’exclue pas l’eau, l’air, les animaux, les plantes...
Il faut parfois partir, quitter son monde, pour mieux en cerner les contours. Il y a quarante ans, l'anthropologue Philippe Descola, aujourd'hui professeur au Collège de France, a laissé derrière lui Paris, la France et l'Europe pour une immersion de trois ans chez les Indiens Achuar, en Amazonie.
L'aventure intellectuelle du jeune philosophe gauchiste faisait soudainement un « pas de côté » : elle allait conduire Descola dans les méandres d'une réflexion fascinante sur la façon dont les sociétés humaines conçoivent les relations entre humains et non-humains et « composent » ainsi leurs mondes. Car il n'existe pas, malgré les apparences, un monde donné qui serait le même pour tous, mais desmondes, dont chaque être (humain ou non humain), ou chaque collectivité, a une vision et un usage particuliers, liés à son histoire et à ses aptitudes physiques.
Ces mondes se recoupent, se superposent ou se différencient. Etudier les principes de leur « composition », c'est tout l'art de l'anthropologue ! Neuf ans après son chef-d'œuvre – Par-delà nature et culture –, Descola revient, dans un livre d'entretiens – La Composition des mondes –, sur le grand arc parcouru. Et jamais le « pas de côté » initial n'a semblé aussi pertinent pour affronter les grands problèmes contemporains.
Quand vous étiez jeune, aviez-vous déjà l’idée de cette diversité des mondes ?
Non, elle m'est venue progressivement. Avant de partir sur le terrain, j'étais, comme beaucoup de jeunes de ma génération, un militant d'extrême gauche pour qui le problème immédiat était la révolution, pas la diversité des façons de vivre. Les questions écologiques étaient secondaires, voire « réactionnaires », car elles détournaient du combat véritable : la fin de la domination capitaliste.
Pourtant, j'avais conscience qu'il existait des mondes différents du mien. C'est d'ailleurs ce qui m'a fait quitter la philosophie universitaire, qui, à mes yeux, se posait trop de questions sur elle-même et reprenait inlassablement les mêmes problèmes depuis l'Antiquité grecque. Il m'a tout d'un coup semblé préférable d'examiner comment certains peuples répondaient, dans leurs modes de vie, plutôt que dans un discours théorique, aux questions que nous nous posons tous.
Quel rôle ont joué dans votre décision de partir les menaces qui pesaient sur l’environnement ?
Dans les années 60 et 70, on ne parlait pas du tout du climat, de l'érosion ou de la biodiversité : le nucléaire était le point de fixation des questions environnementales. Or, ce que je vais découvrir en Amazonie, c'est le processus de destruction des environnements que l'on qualifie de « naturels »... mais qui sont en partie le produit d'actions humaines, comme l'ont montré mes travaux et ceux d'autres anthropologues.
Depuis des millénaires, en effet, les Amérindiens modifient la composition de la forêt. Ils l'ont transformée en macro-jardin, en plantant un peu partout des espèces utiles aux humains. Du coup, lorsqu'ils déforestent, les grands propriétaires terriens dévastent l'Amazonie sur plusieurs plans : ils anéantissent les conditions de vie des peuples locaux ; ils réduisent la biodiversité ; ils détruisent les sols privés du couvert forestier (ce qui entraîne des conséquences en chaîne sur le climat local) ; et ils mettent fin à un système de fabrication de l'environnement tout à fait original.
Ce départ chez les Achuar, c’était aussi l’aventure...
L'enquête ethnographique, c'est un saut dans l'inconnu, tellement excitant. Etre transporté dans un monde ou rien n'est familier – ni l'environnement, ni le langage, ni les techniques – est un privilège extraordinaire. On se dépouille de ses oripeaux, on endosse la vie des autres...
J'ai rejoint une population qui avait longtemps refusé tout contact pacifique avec l'extérieur et n'avait croisé les premiers missionnaires que peu de temps avant mon arrivée (les ethnologues arrivent toujours après les missionnaires !). Dans ce type d'enquête, on ne sait jamais pour combien de temps on part, on espère juste rester le plus longtemps possible, parce que c'est indispensable pour comprendre les gens qu'on va étudier. Moi, il m'a fallu trois ans, de 1976 à 1979.
Qu’apportiez-vous dans vos bagages ?
Nous – c'est-à-dire mon épouse et moi, car nous avons fait une grande partie de cette expérience en couple – avions avec nous une petite marmite et 2 kilos de riz, de quoi tenir trois jours une fois que notre guide nous aurait lâchés. Et quelques cadeaux : des choses utiles, hameçons, cotonnades, fil à pêche... et des perles de verre. Des collègues « amazonistes » – et Claude Lévi-Strauss lui-même – m'avaient averti que les perles remportaient un grand succès.
Le premier contact effectué, nous nous sommes établis dans un village – où l'habitat était d'ailleurs très dispersé – avant d'élargir notre périmètre.
«Ce que j'ai d'abord considéré comme une croyance était en réalité une manière d'être au monde» dit Philippe Descola à propos de l'animisme des Achuar.
Qui étiez-vous, pour les Achuar ?
Ils avaient très peu de contacts avec l'extérieur, n'avaient jamais voyagé, et ne possédaient évidemment pas de télévision. Les Blancs avec lesquels ils avaient eu à traiter étaient des militaires, des commerçants itinérants, ou bien des missionnaires. Mon épouse et moi appartenions à une nouvelle « catégorie », et les Achuar ne savaient pas vraiment, au début, où nous ranger. Ils voyaient les Blancs comme des tribus analogues à la leur, mais disséminées dans la forêt, un peu plus loin que celles avec lesquelles ils avaient l'habitude d'échanger – ou de se battre.
Ces tribus étaient caractérisées par leurs tenues et leurs coiffures, comme les militaires équatoriens (en uniforme) et les missionnaires américains (en chemisette à manches courtes et jean). Comme nous portions les mêmes Pataugas, des sacs à dos de la même couleur et des Opinel identiques – tous achetés au Vieux Campeur, à Paris –, cela faisait de ma femme et moi les membres d'une même tribu aux yeux des Achuar... Avec le recul, je crois que nous avons été bien reçus par ces derniers parce que nous leur fournissions une distraction. Ils nous posaient plus de questions que nous ne leur en posions !
Comment définir l’animisme, qui, selon vous, caractérise la relation des Achuar avec la nature ?
L'animisme est la propension à détecter chez les non-humains – animés ou non animés, c'est-à-dire les oiseaux comme les arbres – une présence, une « âme » si vous voulez, qui permet dans certaines circonstances de communiquer avec eux.
Pour les Achuar, les plantes, les animaux partagent avec nous une « intériorité ». Il est donc possible de communiquer avec eux dans nos rêves ou par des incantations magiques qu'ils chantent mentalement toute la journée. A ceci s'ajoute que chaque catégorie d'être, dans l'animisme, compose son monde en fonction de ses dispositions corporelles : un poisson n'aura pas le même genre de vie qu'un oiseau, un insecte ou un humain. C'est l'association de ces deux caractéristiques, « intériorité » et « dispositions naturelles », qui fondent l'animisme.
Vous voilà fort éloigné de votre boîte à outils européenne...
Chez nous, en effet, seuls les humains ont une intériorité, eux seuls ont la capacité de communiquer avec des symboles. En revanche, côté physique, tous les êtres – humains comme non humains – sont régis par des lois physiques universelles identiques : nous habitons le même « monde », les lois de la nature sont les mêmes pour tous, que l'on soit homme, insecte ou poisson. Entre les Achuar et moi s'exprimaient donc deux façons totalement différentes de considérer les continuités et discontinuités entre l'homme et son environnement.
Quelles sont les conséquences concrètes de cette conception du monde pour les Achuar ?
Les femmes Achuar traitent les plantes comme si c'étaient des enfants. Et les chasseurs traitent les animaux comme si c'étaient leurs beaux-frères. Dans cette société, ce ne sont pas les classes sociales ou les catégories de métiers qui distinguent les êtres entre eux, mais leurs liens de parenté, et plus précisément la distinction entre parents consanguins et parents par alliance.
Les plantes sont traitées comme des consanguins (des enfants), alors que les animaux chassés par les hommes sont des beaux-frères. Voir les Achuar traiter les plantes et les animaux comme des personnes m'a bouleversé : ce que j'ai d'abord considéré comme une croyance était en réalité une manière d'être au monde, qui se combinait avec des savoir-faire techniques, agronomique, botanique, éthologique très élaborés.
Parlez-nous de leur organisation...
L'habitat est dispersé, donc il n'y a pas à proprement parler de « village ». Il n'y a pas de chef, pas d'Etat, pas de spécialistes des rituels. Chacun est capable de parler avec les non-humains, il n'existe ni divinité, ni culte particulier. Ces groupes ne possèdent en fait aucun des organes permettant de structurer « normalement » les sociétés. Qu'est-ce qui les fait donc tenir ensemble ? Leur lien avec la nature ! Le fait que leur vie sociale s'étend bien au-delà de la communauté des humains compense l'absence d'institutions sociales.
Quel était leur rapport au travail ?
J'ai fait une enquête minutieuse sur ce que les Achuar mangeaient, et sur le temps qu'ils consacraient à chacune de leurs activités. Ils travaillaient environ trois heures par jour, et cela suffisait pour assurer une production remarquable, tant en quantité (en calories) qu'en qualité (en terme d'équilibre alimentaire). On est bien au-delà des prescriptions de la FAO !
L'usage qu'ils faisaient de leur environnement est extrêmement efficace, et ce dernier, c'est vrai, est naturellement productif, avec son abondance de poisson, de gibier, d'insectes, auxquels s'ajoutent les plantes cultivées – entre quarante et cinquante espèces différentes. Mais leur façon de composer le monde n'est pas pour rien dans cet équilibre. Séparer l'homme et la nature, comme nous le faisons en Occident, a transformé cette nature en « ressources », soumises au contrôle des hommes.
Conséquence positive : le monde devient un champ de phénomènes qu'on peut étudier, la science émerge. Mais la nature transformée en « ressources » devient muette, « inanimée », on peut l'utiliser comme bon nous semble, au détriment des autres espèces et, à terme, des humains. Dès le départ, les conditions sont donc réunies pour une dévastation de la planète.
Philippe Descola à l'époque où il étudiait les Achuar, entre 1976 et 1979. Successeur de Claude Levi-Strauss, il est titulaire d'une chaire d'anthropologie de la nature au Collège de France.
Sur quels principes efficaces peut-on fonder une politique écologique ?
Une bonne politique écologique se pratique d'abord à l'échelle locale – celle du quartier, du village, de collectivités qui décident de maîtriser la gestion des ressources communes, l'eau, l'air, l'énergie. C'est l'encouragement de ces politiques qui permettra d'aller vers un mieux vivre moins destructeur pour l'environnement.
Reste que, jusqu'à maintenant, dans les rapports entre humains et non-humains, ce sont toujours les humains qui produisent les normes. Nous aurons accompli un grand pas le jour où nous donnerons des droits non plus seulement aux humains mais à des écosystèmes, c'est-à-dire à des collectifs incluant humains et non-humains, donc à des rapports et plus seulement à des êtres.
Ce serait une révolution...
Cela suppose en effet un bouleversement des concepts avec lesquels nous pensons la vie politique, la souveraineté, l'Etat, le territoire. Les humains font partie d'écosystèmes multiples, car la planète est partout anthropisée, et les relations qu'ils entretiennent avec chacun de ces milieux sont elles-mêmes multiples, certaines positives, d'autres destructrices.
Donner un statut juridique à la dynamique d'un écosystème ferait que les humains ne « posséderaient » plus la nature, ils seraient possédés par elle. La situation est devenue suffisamment dramatique pour qu'on lui prête un peu d'intérêt... Pour commencer, on pourrait enseigner l'écologie – la science des interactions entre les organismes dans un milieu – dans le secondaire, pour que chacun entrevoie les conséquences de ses actions sur l'environnement.
Au fond, votre parcours, après vous avoir éloigné du militantisme de votre jeunesse, vous a ramené au cœur des enjeux politiques contemporains...
J'en suis ravi, car ma génération était très marquée par l'engagement. Je suis resté longtemps frustré de ne pas pouvoir imaginer une alternative au système dans lequel nous vivons, qui me paraît inique à bien des égards. C'est en me rendant compte que la question des non-humains est une question politique au premier chef et qu'en introduisant les non-humains dans le collectif humain on peut modifier la façon dont nous pensons la politique dans son ensemble que j'ai modifié mon regard.
J'entends déjà les rires : « On ne va tout de même pas faire siéger des singes au Parlement ? » Mais il ne s'agit pas de cela. Il nous faut simplement concevoir des collectifs dans lesquels les non-humains ne seraient plus exclus. Reconceptualiser le social et le politique est indispensable pour y parvenir. C'est un des projets dans lesquels je souhaite m'engager.
Au final, ce « pas de côté » auprès des Achuar vous a mené loin...
On dit toujours : la première vertu des philosophes, c'est leur capacité d'étonnement, et c'est vrai. Mais, pour s'étonner des évidences et sortir du sens commun, un gros travail sur soi est nécessaire. Mon expérience auprès des Achuar a eu ceci de miraculeux qu'elle a changé ma façon de « composer » le monde – et finalement toute ma vie.

Monday, March 7, 2016

"Uncle Boonmee" presentation recap

 Group three for 
Uncle Boonmee Who Can Recall His past Lives
Dir. Apichatpong Weerasethakul
(2010)
[platform blog in progress] 


Uncle Boonmee Who Can recall His past Lives (2010) IMDb
Apichatpong Weerasethakul IMDb
Thailand current politics 101/Wiki




Members Chelsea Barnett, Oslavi Linares, Nikki Forrest, José Dupuis, and Christine Cricri Bellerose
Open the discussion with the concept of time very generally by proposing it as our entry point, and then have the following related concepts to structure the conversation (with time in mind):

  • linearity, non-linearity
  • discussion of the formal elements: "why the cinematic?" (composition, perpetual framing, high-contrast and dark shots, editing, cinematography, visual effects, soundtrack, pace, rhythm, etc.)
  • becoming (animal, Body Without Organs, De-territorialized, Pure Immanence) 

I think it would be really interesting to propose the concept of 'becoming' in relation to time because time is so omnipresent and is typically regarded as something that is distinctly human, external to us, rationally regulated. But I think the way becoming manifests in this film challenges our usual understanding of time (e.g. embodied time as we watch Boonmee in his cycles of dialysis). "

The film has many instances where  
Multiple layers or dimensions of time seem to be immanent 
(or is this co-immanent?) within the image. I think this is manifest the editing, visual effects (superimposition and transparency of images) and in the soundtrack. Rather than moving forwards 
or backwards in time the transitions feel more like vertical leaps (for example when we cut to the scene with the catfish and princess.


The “timing”, pace, rhythm etc. of the film also add to the sense of multiple simultaneous time:  
for example, the very slow fade in of the ghost at the dinner table, which feels so un-dramatic. 
It is as if the understanding that life exceeds intelligibility is “a given”.

#Corridors and #co-existence
Cinematic, there are scenes in which the camera films a space, a between-space, and characters move in-and-out; other time we hear the characters dialoguing each other outside of the cinematic frame. Metaphorically, there are corridors scenes which manipulate time and space -- compressing, tie-ing, layering, fooling. Example of these are the 1) the 'cat fish and the princess in the pond' scene, recalled in a smaller version as a pool of running cave water filled with tiny cat fish, in the 'cave-of-the-death' scene; 2) 'outdoor dinner' scene with inter-species/multi-nationals looking at photos of an other age. 

TRAILER Uncle Boonmee dir Apichatpong Weerasethakul (2010)  


#Craft

The film conveys many of its moods and impressions while displaying a idiosyncratic film language: the camera remains no closer than medium shots, with closeups reserved to convey intimacy (the princess and the catfish sequence) or interior (as in the cave sequence); most of the shots are framed in one way or another, thus we see the character's actions perpetually within, perhaps preventing us from feeling anxiety of the jungle, the animals or the spirits; the lighting grants as much, stark contrasts mot the forest as a perpetual penumbra or the twilight appearance of the opening scene and the waterfalls impossible luminescence; additionally, as was mentioned in class, sound adds to the timeliness, gluing scenes or enhancing them.

Geological and stratified time, something I (José) would describe as a "pile of moments" with no specific transition, like in a dream and, I think, in the experiences of memories. We also mentioned there was a lot of "more then" through the visual, time, lightning and colors and of course, the many human transformations and "dédoublements".
For your beautiful eyes and thoughts in motion, here is Apichatpong website with a lot of interesting stuff to dig in : http://www.kickthemachine.com/

Apichatong website

Saturday, March 5, 2016

Thought this might be of interest:

Please join us for an upcoming talk in the ARTHEMIS series:

James Leo Cahill
On the Plurality of Worlds: Le Monde du Silence and the Cinema of Exploration
Friday, March 18, 2016 - 16:00Concordia University, EV 6,720
http://arthemis-cinema.ca/en/content/james-cahills-talk

abstract:
If cinematic media may be understood to have a Copernican potential, whereby they may be used as instruments of scientific discovery and anti-anthropocentric displacement, how does such a potential change how one conceives of the world or even constructs, or for the historian, reconstructs new ones? Drawing from archival research as well as contemporaneous film theory (Bazin, Thévenot, Angel, Epstein), philosophy (Merleau-Ponty), and anti-colonialist critique (Césaire), this paper traces how filmmakers in metropolitan France began to address these questions through the re-emergence of a cinema of exploration in the late 1940s and early 1950s. These films were produced at the very moment when the question of the world as conceived by the traditions of French humanism and its universalist aspirations were called into question by crises of wartime collaboration, ongoing French imperialist colonialism, and coca-colonization (the ascendant American economic and cultural hegemony). Such films participate in these discourses at a sensuous level, while also offering historians unexpected documents for writing a very different history of cinema. Focusing in particular on Jacques Yves Cousteau and Louis Malle’s Le Monde du Silence (The Silent World, 1956), the most popular and aesthetically ambitious production of this cycle of exploration films, I read these films for the plurality of worlds they simultaneously archived and imaged, and call for a protocol of research and reading that sounds such material for a tendentiously anti-imperialist, anti-anthropocentric concept for the writing a natural history of the cinema.

James Leo Cahill is Assistant Professor of Cinema and French at the University of Toronto and an editor of Discourse: journal for theoretical studies in media and culture. His writing on film and media history and theory has appeared in DiscourseEmpedocles, FrameworkJournal of Visual CultureKunstforum International, Spectator and the edited anthologies Screening Nature: Cinema Beyond the Human (Palgrave), Animal Life and the Moving Image (BFI), The New Silent Cinema (AFI), and Martin Arnold: Gross Anatomies. He is also completing a monograph on Jean Painlevé, Geneviève Hamon, and the Copernican vocation of cinema (presently under review).

*This talk is co-sponsored by the Global Emergent Media Lab / http://www.globalemergentmedia.com/

Monday, February 29, 2016

Screen-ing as event


We often presuppose the subject is first, that everything that happens happens for a subject. We often presuppose that an image requires a subject—someone, something—in order for it to appear. But what if the idea of a founding subject is itself a false image—an after-thought? What if the condition for experience is not subjective?

Gilles Deleuze argues: "The brain is the screen."

***What if a concern with cinema isn’t something we project subjectively onto the screen? What if the screening of cinema amounts to an activity, a life, that includes us? What if the « bodying » of that experience, as a complex system of relay, is itself a movement of thought?

An ethology of images asks us to rethink the status of the image beyond a transcendental system of judgment. Explanation puts the image at a distance by erecting a sanitary wall between the subject and its object. Explanation undermines the affective capacity of the image (what it can do). Ethology: a study of how cinema forces us to think/act.  
  
Immanent critique: the event, as it happened, appreciates and evaluates itself by itself. This is what affect does.***

Apichatpong: "I wanted to suggest the idea of time disruption, that the movie isn’t dealing with one reality, there are multiple planes…"

***A concern with the ecology of perception, its milieu, past, present, future, existing in mutual immanence.***  

Apichatpong: "I believe that cinema has its own life."

***Where else the life-forces of cinema can lead? What else the thought-forces make us think and feel? And what if the image, as a movement of thought, is not at all present? Deleuze’s thesis (in his Cinema books) is that an image can only be said to be present when it represents something else. But an image itself is a complex assembling of durations, speeds. The coexistence of durations in the image should not be mistaken for the present mediated or represented by the image. The contemporaneity (co-immanence/withness of past, present, future) of an image is not the same as the presentness of an image.***

Apichatpong: "Before I used to think of film as maybe just one project. With my process being finishing it piece by piece, before moving on to different themes or interests. But lately I think of film like satellites: surrounding this ongoing universe; even building that universe. So when I finished Cemetery of Splendour, it wasn’t really finished. It’s almost like a platform, to move onto another work that can be built from it. "  

***A platform is a proposition. A lure for thinking, talking, dreaming, jumping (like a monkey), even finishing. What are the problems (questions) that Apichatpong’s cinematic plateforms generate and/or relay?***  
  
Brian Massumi: "Active participation precedes conscious perception. It is you who are inducted into the situation, almost in the military sense, before you reflectively perform any inductions about it. You are drafted into the situation, and are already to some extent constrained by the lay of the participatory land in which you find yourself. You are constrained in the sense that the active potentials enveloped in the relational milieu are conditioned by the situation. But there are always degrees of freedom – precisely because what presents itself is a landscape of alternative potentials, and not a fait accompli. It’s not over until it’s over. " "What a Body can Do" Politics of Affect

*** What does it mean to participate in this relational plateform (until it’s over)? Ordinary perception fails to grasp the co-implication of the various tendencies enveloped in the relational milieu. Conscious perception is selective. A participatory perception is one that pushes subjectivity and personhood to their limit.

What does it mean to be conscious in a film? Film as a mode of thought.***

Brian Massumi: "There is a mutual implication – a co-implication – of the diverse and the unitary as aspects of the same event. In order to account for the event, you have to use a kind of logic that is about how different aspects co-compose, how they are mutually included in the same event. You miss the event if you put the unitary and the diverse, the emergent and the given, into opposition to each other." "What a Body can Do" Politics of Affect.

***A logic of mutual inclusion fosters the multiplicity or sociality that conditions the event’s form-taking.*** 

Apichatpong: "Maybe science is the wrong word. Maybe it’s the idea of transformation. In the movie, with this six-reel idea of transforming time. Or maybe you can refer to a scientific nature, because science is everywhere and we don’t see it—there are moving particles in this table, nothing is solid." 

***Thought is molecular. There are different speeds and slownesses that compose the granular body-ing of AW’s cinema. How are the grains of time moving?***